Expertise — Freelances et indépendants

Propriété intellectuelle et cession de droits


Pour un freelance, un créateur ou un professionnel indépendant, une création peut constituer à la fois le résultat d’une mission et un actif essentiel de son activité.

Protéger ses créations et maîtriser les droits accordés à ses clients


Identité visuelle, photographie, illustration, texte, vidéo, musique, design, développement informatique ou autre livrable créatif : remettre un travail à un client ne signifie pas nécessairement lui transférer l’ensemble des droits permettant de l’exploiter.

À l’inverse, une cession imprécise peut créer une incertitude sur les utilisations autorisées, la possibilité pour le freelance de réutiliser son travail ou l’exploitation ultérieure du livrable par le client.

Fatima Ghilassene, avocate en droit du numérique à Lille, accompagne les freelances, créateurs et professionnels indépendants pour identifier les droits attachés à leurs créations, encadrer leur cession ou leur exploitation et intervenir lorsqu’un différend apparaît.

Sécuriser mes créations et mes droits

Identifier les droits avant de les céder


La première question n’est pas toujours de savoir comment rédiger une clause de cession. Il faut d’abord déterminer quels droits existent et qui en est titulaire.

La réponse dépend notamment de la nature du livrable, des conditions dans lesquelles il a été créé, des contributions éventuelles de tiers et des engagements déjà pris par le professionnel.

Cette étape est particulièrement importante lorsque plusieurs éléments sont combinés dans une même prestation : contenus originaux, photographies, typographies, logiciels, ressources sous licence, éléments fournis par le client ou contenus provenant de services numériques.

Avant d’accorder des droits à un client, il faut donc pouvoir identifier ce que le freelance peut effectivement céder ou autoriser.

Céder des droits ne signifie pas tout céder


Une prestation et une cession de droits répondent à des questions différentes.

Le contrat de prestation organise la réalisation de la mission. La cession ou la licence détermine, quant à elle, dans quelles conditions le client pourra exploiter la création.

La rédaction doit permettre de comprendre la portée des droits accordés : usages concernés, supports, durée, territoire ou autres modalités pertinentes selon la création et le projet.

L’enjeu est d’éviter deux situations opposées : une clause tellement imprécise qu’elle crée une incertitude sur les droits du client, ou une cession dont l’étendue dépasse ce que le professionnel pensait avoir accepté.

La propriété intellectuelle doit donc être pensée comme une composante de la négociation contractuelle, et non comme une formule ajoutée mécaniquement en fin de contrat.

À consulter : Contrats de prestation

Réutilisation d’un livrable : ce que le contrat doit permettre de comprendre


Une difficulté fréquente apparaît lorsque le client souhaite utiliser une création au-delà de la mission initialement envisagée.

Un contenu conçu pour une campagne peut être repris sur d’autres supports. Une photographie peut être utilisée dans un nouveau contexte. Une création graphique peut être adaptée. Un livrable peut être transmis à un partenaire ou intégré à un autre produit.

Il faut alors revenir aux droits effectivement accordés. La question n’est pas seulement de savoir si le client a payé la prestation : il faut déterminer quelle exploitation avait été convenue et si le nouvel usage entre dans ce cadre.

Lorsque le contrat ne permet pas de répondre clairement, une analyse des stipulations, du contexte de la mission et des usages concernés peut être nécessaire.

Préserver aussi la possibilité de valoriser son propre travail


Pour un professionnel indépendant, la question des droits ne concerne pas uniquement ce que le client peut faire.

Elle concerne également ce que le créateur pourra continuer à faire lui-même : présenter certaines réalisations, les intégrer à un portfolio lorsque cela est possible, exploiter des éléments qui n’ont pas été cédés ou réutiliser son savoir-faire dans de nouvelles missions.

Ces questions doivent être distinguées de la confidentialité ou des engagements pris envers le client.

Une rédaction adaptée permet de rechercher un équilibre entre les besoins d’exploitation du client et la préservation des droits et intérêts du professionnel.

Intelligence artificielle : de nouveaux usages à anticiper


Les systèmes d’intelligence artificielle ajoutent une nouvelle dimension aux questions de propriété intellectuelle.

Une création peut être introduite dans un outil d’IA, utilisée dans un processus automatisé, transformée ou imitée. Un professionnel peut également utiliser lui-même une IA générative dans le cadre de la production d’un livrable.

Ces situations peuvent nécessiter d’examiner simultanément les droits sur les contenus utilisés, les conditions contractuelles de l’outil, les engagements pris envers le client et les possibilités d’exploitation du résultat.

Lorsqu’une création, un style, une voix ou une image est repris à l’aide d’un système d’IA, l’analyse ne se limite pas nécessairement à la propriété intellectuelle : d’autres droits et fondements juridiques peuvent entrer en jeu selon la situation.

À consulter : Intelligence artificielle et création

De la sécurisation des droits au contentieux


J’interviens en amont pour identifier les droits attachés à une création, analyser les clauses proposées par un client et encadrer les conditions dans lesquelles un livrable pourra être utilisé.

L’intervention peut notamment concerner la rédaction ou l’analyse d’une cession de droits, d’une licence ou de clauses de propriété intellectuelle intégrées à un contrat de prestation, ainsi que la sécurisation d’un projet comportant plusieurs contributeurs ou contenus.

Lorsqu’une exploitation est contestée, l’analyse porte sur les droits en présence, les contrats et autorisations existants, les usages effectivement réalisés et les éléments permettant d’établir la situation.

Selon les circonstances, l’accompagnement peut s’inscrire dans une négociation, une mise en demeure, une démarche amiable ou une procédure contentieuse, afin de faire cesser une utilisation contestée, rechercher une régularisation ou défendre les droits et intérêts du professionnel.

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Une approche qui articule création, contrat et environnement numérique


Une difficulté de propriété intellectuelle est rarement isolée du reste de la relation professionnelle.

La portée d’une cession dépend du contrat. L’utilisation d’un contenu peut dépendre des règles d’une plateforme. L’intégration d’une intelligence artificielle peut modifier les conditions dans lesquelles des créations sont utilisées ou produites.

L’accompagnement articule donc, lorsque la situation l’exige, propriété intellectuelle, droit des contrats et droit du numérique.

Cette approche permet d’examiner la création non seulement comme un livrable, mais aussi comme un élément de valeur que le professionnel doit pouvoir exploiter, céder ou défendre dans un cadre juridiquement maîtrisé.

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Plateformes et intermédiation
Lorsque l’exploitation ou la diffusion du contenu dépend d’une plateforme numérique.

Approfondir


Freelance : votre client devient-il propriétaire de votre travail lorsqu’il vous paie ?

Ce guide distingue la réalisation de la prestation, la remise du livrable et la transmission des droits, et détaille ce qu’une clause de cession doit permettre de comprendre.

Lire le guide

Vos créations sont utilisées au-delà de ce qui avait été convenu ?


La première étape consiste à identifier les droits en présence, ce que prévoit le contrat et l’utilisation effectivement réalisée. Cette analyse permet ensuite de déterminer les démarches adaptées, qu’il s’agisse de sécuriser une exploitation future, de négocier une régularisation ou de traiter un différend déjà constitué.

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