Marchés publics de défense : 7 points à vérifier avant de répondre

Les marchés publics de défense représentent une opportunité stratégique pour les PME qui souhaitent entrer dans la base industrielle et technologique de défense (BITD). Mais répondre à un marché public de défense ne consiste pas simplement à déposer une offre techniquement compétitive.

La première difficulté intervient souvent avant même la rédaction de l'offre : l'entreprise est-elle en mesure de répondre au marché, dans les conditions de sécurité, de capacité et de conformité exigées ?

Les marchés de défense et de sécurité obéissent à un régime spécifique du code de la commande publique. Leur définition dépend notamment de l'objet du marché et peut couvrir non seulement la fourniture d'équipements militaires, mais également de nombreux travaux, fournitures et services liés à leur cycle de vie.

Pour une PME de la BITD, sept vérifications méritent donc d'être effectuées avant de s'engager dans une candidature.

1. Vérifier que le marché relève bien du régime des marchés de défense ou de sécurité

La première question paraît évidente, mais elle ne l'est pas toujours : quel est exactement l'objet du marché ?

L'article L. 1113-1 du code de la commande publique définit plusieurs catégories de marchés de défense ou de sécurité.

Il peut notamment s'agir :

  • de fournitures destinées à être utilisées comme armes, munitions ou matériels de guerre ;
  • d'équipements destinés à la sécurité faisant intervenir des supports ou informations protégés ou classifiés ;
  • de travaux, fournitures ou services directement liés à ces équipements ;
  • de prestations intervenant à différents stades de leur cycle de vie ;
  • de certains travaux et services ayant des fins spécifiquement militaires ou liés à la sécurité nationale.

La notion de cycle de vie est particulièrement importante pour les entreprises technologiques.

Elle ne se limite pas à la fabrication initiale d'un équipement. Elle peut notamment englober la recherche et développement, le développement industriel, la production, la réparation, la modernisation, la maintenance, la logistique, la formation ou encore les essais.

Une entreprise qui fournit un logiciel, une solution de cybersécurité, un système de maintenance ou une prestation technologique ne doit donc pas écarter trop rapidement l'hypothèse d'un marché de défense au seul motif qu'elle ne fabrique pas elle-même un matériel militaire.

Premier réflexe

Lire l'objet du marché et l'ensemble des documents de la consultation avant de qualifier juridiquement l'opération.

2. Vérifier les conditions d'accès avant de travailler sur l'offre

Une erreur fréquente consiste à consacrer l'essentiel du travail à la réponse technique et commerciale avant de vérifier si l'entreprise peut effectivement satisfaire les exigences du marché.

Or, dans les marchés de défense et de sécurité, certaines exigences peuvent concerner directement la capacité de l'entreprise à intervenir dans un environnement sensible.

Ces exigences doivent également être appréciées au regard de la LPM 2024-2030 et des obligations susceptibles de concerner les entreprises de la BITD.

Il faut notamment examiner les documents de la consultation pour identifier :

  • les exigences relatives à la protection des informations ;
  • les éventuelles exigences d'habilitation ou de sécurité ;
  • les conditions imposées aux personnes appelées à intervenir ;
  • les exigences concernant les locaux, systèmes ou équipements ;
  • les contraintes pesant sur les sous-contractants ;
  • les justificatifs à fournir au stade de la candidature.
À retenir

Une entreprise doit vérifier son éligibilité avant de mobiliser des ressources importantes pour construire son offre.

3. Cartographier les exigences de sécurité et leur impact sur votre organisation

Pour une PME technologique, la question ne concerne pas seulement les dirigeants.

Une exigence de sécurité peut avoir des conséquences sur :

  • les systèmes d'information ;
  • les collaborateurs ayant accès aux informations ;
  • les locaux ;
  • les prestataires informatiques ;
  • les sous-traitants ;
  • les outils de travail à distance ;
  • l'hébergement et la circulation des données ;
  • la chaîne d'approvisionnement.

C'est particulièrement important pour les entreprises qui entrent progressivement dans la BITD.

Un premier contrat peut entraîner des exigences qui devront ensuite être répercutées à d'autres intervenants de la chaîne contractuelle.

Le sujet doit donc être abordé comme une question d'organisation de l'entreprise, et non comme une simple formalité administrative.

4. Ne pas négliger les exigences qui concernent vos sous-traitants et partenaires

Une PME ne répond pas toujours seule à un marché de défense.

Elle peut être :

  • titulaire du marché ;
  • cotraitante ;
  • sous-traitante ;
  • fournisseur d'un équipementier ;
  • éditeur intégré dans une solution plus large ;
  • prestataire intervenant sur une partie du cycle de vie d'un équipement.

Il faut donc regarder au-delà de son propre périmètre.

Qui aura accès aux informations ?

Qui développera ou maintiendra le logiciel ?

Où seront hébergées les données ?

Quels sous-traitants interviendront ?

Les exigences de sécurité pourront-elles être respectées à tous les niveaux de la chaîne ?

Cette analyse est particulièrement importante lorsqu'une PME technologique souhaite devenir fournisseur d'un acteur industriel déjà présent dans la BITD.

Le contrat qu'elle envisage de signer peut comporter des exigences qui auront ensuite des conséquences sur ses propres fournisseurs.

5. Identifier les enjeux de propriété intellectuelle avant de remettre l'offre

Pour une entreprise innovante, c'est probablement l'un des points les plus importants. La question de la propriété intellectuelle doit notamment être examinée avant de répondre au marché.

Avant de répondre, il faut identifier précisément :

ce que l'entreprise possède déjà

et

ce qu'elle va créer dans le cadre du marché.

La distinction entre les connaissances antérieures et les résultats peut devenir déterminante.

Une PME qui apporte au marché :

  • un logiciel existant ;
  • une architecture technique ;
  • des algorithmes ;
  • un modèle d'intelligence artificielle ;
  • une base de données ;
  • des méthodes ;
  • du savoir-faire ;
  • des briques technologiques.

doit savoir précisément ce qu'elle apporte et dans quelles conditions ces éléments seront utilisés.

Cette cartographie doit être réalisée avant le contrat, et idéalement avant même la remise de l'offre.

Pour un logiciel, les questions peuvent notamment porter sur :

  • le code source ;
  • les droits de modification ;
  • la maintenance par un tiers ;
  • les évolutions ;
  • l'interopérabilité ;
  • la réutilisation ;
  • les données ;
  • les conditions d'exploitation ultérieure.
La question stratégique

La bonne question n'est donc pas seulement : « Combien ce marché va-t-il rapporter ? »

Mais aussi : « Que restera-t-il à l'entreprise après l'exécution du marché ? »

6. Vérifier les conséquences économiques et contractuelles du marché

Avant de répondre, une PME doit également mesurer le coût réel de son engagement.

Le prix du marché ne suffit pas.

Il faut notamment examiner :

  • les obligations de production ou de livraison ;
  • les délais ;
  • les obligations de maintenance ;
  • les garanties ;
  • les pénalités ;
  • les contraintes de sécurité ;
  • les obligations de reporting ;
  • les assurances ;
  • les coûts liés aux exigences spécifiques de l'acheteur ;
  • les conséquences sur la trésorerie ;
  • les obligations qui pourraient se prolonger après la livraison.

Cette analyse devient encore plus importante dans le secteur de la défense parce que l'entreprise peut être intégrée dans une chaîne industrielle de long terme.

Au-delà du prix

Le véritable coût d'un marché ne se mesure donc pas uniquement à son prix initial.

Il faut également mesurer le coût de conformité et le coût de la dépendance contractuelle.

7. Examiner les possibilités de recours et de protection avant l'échec

Enfin, une PME doit savoir ce qu'elle pourra faire si elle rencontre une difficulté.

Cela suppose notamment d'identifier :

  • les règles applicables à la procédure ;
  • les documents contractuels ;
  • les obligations de l'acheteur ;
  • les conditions de participation ;
  • les motifs éventuels d'exclusion ;
  • les voies de contestation ;
  • les délais ;
  • les éléments permettant de conserver la preuve d'une irrégularité.

Cette anticipation est particulièrement importante parce que certains moyens de contestation sont enfermés dans des délais courts.

Une entreprise qui estime avoir été irrégulièrement écartée ne doit donc pas attendre la fin de la procédure pour commencer à analyser la situation.

La question du contentieux doit être envisagée dès la candidature, notamment lorsqu'un enjeu stratégique ou économique important est attaché au marché.

Une PME de la BITD doit donc raisonner en amont

Répondre à un marché de défense ne devrait pas commencer par :

« Comment allons-nous rédiger notre offre ? »

mais plutôt par une série de questions préalables :

  • Le marché entre-t-il dans le régime des marchés de défense ou de sécurité ?
  • Notre entreprise peut-elle satisfaire les exigences d'accès et de sécurité ?
  • Notre chaîne de sous-traitance le peut-elle également ?
  • Quels actifs technologiques allons-nous mobiliser ?
  • Quels droits l'acheteur pourra-t-il obtenir sur les résultats ?
  • Quel sera le coût réel de l'exécution du marché ?
  • Quels risques contractuels et contentieux devons-nous anticiper ?

Ces questions sont particulièrement importantes pour les PME et entreprises technologiques qui souhaitent entrer dans la BITD sans mesurer encore toutes les conséquences juridiques et organisationnelles de cette nouvelle activité.

En conclusion

Pour une PME, entrer dans la BITD ne consiste pas uniquement à obtenir un premier marché de défense.

Il s'agit d'entrer dans un environnement contractuel, industriel et réglementaire spécifique.

La candidature doit donc être préparée comme un véritable projet stratégique pour l'entreprise : accès au marché, sécurité, sous-traitance, propriété intellectuelle, données, coûts et risques contentieux doivent être examinés ensemble.

C'est cette analyse en amont qui permet de déterminer si un marché est réellement intéressant pour l'entreprise — et dans quelles conditions elle peut s'y engager.

À propos de cet article

Cet article présente les principaux points de vigilance à partir du régime juridique applicable aux marchés de défense ou de sécurité. L'analyse d'un dossier concret nécessite l'examen des documents de la consultation et des stipulations particulières du marché.

Références principales
  • Code de la commande publique, notamment articles L. 1113-1 et L. 2300-1 et suivants.
  • Code de la commande publique, dispositions relatives à la candidature dans les marchés de défense ou de sécurité.
  • Code de la commande publique, dispositions relatives à la protection du secret et des informations intéressant la défense nationale et la sûreté de l'État.
  • Cahiers des clauses administratives générales applicables selon la nature du marché et documents particuliers de la consultation.

Pour une PME qui souhaite entrer dans la base industrielle et technologique de défense (BITD), répondre à un marché public de défense ne consiste pas simplement à déposer une offre techniquement compétitive.

La première difficulté intervient souvent avant même la rédaction de l'offre : l'entreprise est-elle en mesure de répondre au marché, dans les conditions de sécurité, de capacité et de conformité exigées ?

Les marchés de défense et de sécurité obéissent à un régime spécifique du code de la commande publique. Leur définition dépend notamment de l'objet du marché et peut couvrir non seulement la fourniture d'équipements militaires, mais également de nombreux travaux, fournitures et services liés à leur cycle de vie.

Pour une PME de la BITD, sept vérifications méritent donc d'être effectuées avant de s'engager dans une candidature.

1. Vérifier que le marché relève bien du régime des marchés de défense ou de sécurité

La première question paraît évidente, mais elle ne l'est pas toujours : quel est exactement l'objet du marché ?

L'article L. 1113-1 du code de la commande publique définit plusieurs catégories de marchés de défense ou de sécurité.

Il peut notamment s'agir :

  • de fournitures destinées à être utilisées comme armes, munitions ou matériels de guerre ;
  • d'équipements destinés à la sécurité faisant intervenir des supports ou informations protégés ou classifiés ;
  • de travaux, fournitures ou services directement liés à ces équipements ;
  • de prestations intervenant à différents stades de leur cycle de vie ;
  • de certains travaux et services ayant des fins spécifiquement militaires ou liés à la sécurité nationale.

La notion de cycle de vie est particulièrement importante pour les entreprises technologiques.

Elle ne se limite pas à la fabrication initiale d'un équipement. Elle peut notamment englober la recherche et développement, le développement industriel, la production, la réparation, la modernisation, la maintenance, la logistique, la formation ou encore les essais.

Une entreprise qui fournit un logiciel, une solution de cybersécurité, un système de maintenance ou une prestation technologique ne doit donc pas écarter trop rapidement l'hypothèse d'un marché de défense au seul motif qu'elle ne fabrique pas elle-même un matériel militaire.

Premier réflexe

Lire l'objet du marché et l'ensemble des documents de la consultation avant de qualifier juridiquement l'opération.

2. Vérifier les conditions d'accès avant de travailler sur l'offre

Une erreur fréquente consiste à consacrer l'essentiel du travail à la réponse technique et commerciale avant de vérifier si l'entreprise peut effectivement satisfaire les exigences du marché.

Or, dans les marchés de défense et de sécurité, certaines exigences peuvent concerner directement la capacité de l'entreprise à intervenir dans un environnement sensible.

Il faut notamment examiner les documents de la consultation pour identifier :

  • les exigences relatives à la protection des informations ;
  • les éventuelles exigences d'habilitation ou de sécurité ;
  • les conditions imposées aux personnes appelées à intervenir ;
  • les exigences concernant les locaux, systèmes ou équipements ;
  • les contraintes pesant sur les sous-contractants ;
  • les justificatifs à fournir au stade de la candidature.
À retenir

Une entreprise doit vérifier son éligibilité avant de mobiliser des ressources importantes pour construire son offre.

3. Cartographier les exigences de sécurité et leur impact sur votre organisation

Pour une PME technologique, la question ne concerne pas seulement les dirigeants.

Une exigence de sécurité peut avoir des conséquences sur :

  • les systèmes d'information ;
  • les collaborateurs ayant accès aux informations ;
  • les locaux ;
  • les prestataires informatiques ;
  • les sous-traitants ;
  • les outils de travail à distance ;
  • l'hébergement et la circulation des données ;
  • la chaîne d'approvisionnement.

C'est particulièrement important pour les entreprises qui entrent progressivement dans la BITD.

Un premier contrat peut entraîner des exigences qui devront ensuite être répercutées à d'autres intervenants de la chaîne contractuelle.

Le sujet doit donc être abordé comme une question d'organisation de l'entreprise, et non comme une simple formalité administrative.

4. Ne pas négliger les exigences qui concernent vos sous-traitants et partenaires

Une PME ne répond pas toujours seule à un marché de défense.

Elle peut être :

  • titulaire du marché ;
  • cotraitante ;
  • sous-traitante ;
  • fournisseur d'un équipementier ;
  • éditeur intégré dans une solution plus large ;
  • prestataire intervenant sur une partie du cycle de vie d'un équipement.

Il faut donc regarder au-delà de son propre périmètre.

Qui aura accès aux informations ?

Qui développera ou maintiendra le logiciel ?

Où seront hébergées les données ?

Quels sous-traitants interviendront ?

Les exigences de sécurité pourront-elles être respectées à tous les niveaux de la chaîne ?

Cette analyse est particulièrement importante lorsqu'une PME technologique souhaite devenir fournisseur d'un acteur industriel déjà présent dans la BITD.

Le contrat qu'elle envisage de signer peut comporter des exigences qui auront ensuite des conséquences sur ses propres fournisseurs.

5. Identifier les enjeux de propriété intellectuelle avant de remettre l'offre

Pour une entreprise innovante, c'est probablement l'un des points les plus importants.

Avant de répondre, il faut identifier précisément :

ce que l'entreprise possède déjà

et

ce qu'elle va créer dans le cadre du marché.

La distinction entre les connaissances antérieures et les résultats peut devenir déterminante.

Une PME qui apporte au marché :

  • un logiciel existant ;
  • une architecture technique ;
  • des algorithmes ;
  • un modèle d'intelligence artificielle ;
  • une base de données ;
  • des méthodes ;
  • du savoir-faire ;
  • des briques technologiques.

doit savoir précisément ce qu'elle apporte et dans quelles conditions ces éléments seront utilisés.

Cette cartographie doit être réalisée avant le contrat, et idéalement avant même la remise de l'offre.

Pour un logiciel, les questions peuvent notamment porter sur :

  • le code source ;
  • les droits de modification ;
  • la maintenance par un tiers ;
  • les évolutions ;
  • l'interopérabilité ;
  • la réutilisation ;
  • les données ;
  • les conditions d'exploitation ultérieure.
La question stratégique

La bonne question n'est donc pas seulement : « Combien ce marché va-t-il rapporter ? »

Mais aussi : « Que restera-t-il à l'entreprise après l'exécution du marché ? »

6. Vérifier les conséquences économiques et contractuelles du marché

Avant de répondre, une PME doit également mesurer le coût réel de son engagement.

Le prix du marché ne suffit pas.

Il faut notamment examiner :

  • les obligations de production ou de livraison ;
  • les délais ;
  • les obligations de maintenance ;
  • les garanties ;
  • les pénalités ;
  • les contraintes de sécurité ;
  • les obligations de reporting ;
  • les assurances ;
  • les coûts liés aux exigences spécifiques de l'acheteur ;
  • les conséquences sur la trésorerie ;
  • les obligations qui pourraient se prolonger après la livraison.

Cette analyse devient encore plus importante dans le secteur de la défense parce que l'entreprise peut être intégrée dans une chaîne industrielle de long terme.

Au-delà du prix

Le véritable coût d'un marché ne se mesure donc pas uniquement à son prix initial.

Il faut également mesurer le coût de conformité et le coût de la dépendance contractuelle.

7. Examiner les possibilités de recours et de protection avant l'échec

Enfin, une PME doit savoir ce qu'elle pourra faire si elle rencontre une difficulté.

Cela suppose notamment d'identifier :

  • les règles applicables à la procédure ;
  • les documents contractuels ;
  • les obligations de l'acheteur ;
  • les conditions de participation ;
  • les motifs éventuels d'exclusion ;
  • les voies de contestation ;
  • les délais ;
  • les éléments permettant de conserver la preuve d'une irrégularité.

Cette anticipation est particulièrement importante parce que certains moyens de contestation sont enfermés dans des délais courts.

Une entreprise qui estime avoir été irrégulièrement écartée ne doit donc pas attendre la fin de la procédure pour commencer à analyser la situation.

La question du contentieux doit être envisagée dès la candidature, notamment lorsqu'un enjeu stratégique ou économique important est attaché au marché.

Une PME de la BITD doit donc raisonner en amont

Répondre à un marché de défense ne devrait pas commencer par :

« Comment allons-nous rédiger notre offre ? »

mais plutôt par une série de questions préalables :

  • Le marché entre-t-il dans le régime des marchés de défense ou de sécurité ?
  • Notre entreprise peut-elle satisfaire les exigences d'accès et de sécurité ?
  • Notre chaîne de sous-traitance le peut-elle également ?
  • Quels actifs technologiques allons-nous mobiliser ?
  • Quels droits l'acheteur pourra-t-il obtenir sur les résultats ?
  • Quel sera le coût réel de l'exécution du marché ?
  • Quels risques contractuels et contentieux devons-nous anticiper ?

Ces questions sont particulièrement importantes pour les PME et entreprises technologiques qui souhaitent entrer dans la BITD sans mesurer encore toutes les conséquences juridiques et organisationnelles de cette nouvelle activité.

En conclusion

Pour une PME, entrer dans la BITD ne consiste pas uniquement à obtenir un premier marché de défense.

Il s'agit d'entrer dans un environnement contractuel, industriel et réglementaire spécifique.

La candidature doit donc être préparée comme un véritable projet stratégique pour l'entreprise : accès au marché, sécurité, sous-traitance, propriété intellectuelle, données, coûts et risques contentieux doivent être examinés ensemble.

C'est cette analyse en amont qui permet de déterminer si un marché est réellement intéressant pour l'entreprise — et dans quelles conditions elle peut s'y engager.

À propos de cet article

Cet article présente les principaux points de vigilance à partir du régime juridique applicable aux marchés de défense ou de sécurité. L'analyse d'un dossier concret nécessite l'examen des documents de la consultation et des stipulations particulières du marché.

Références principales
  • Code de la commande publique, notamment articles L. 1113-1 et L. 2300-1 et suivants.
  • Code de la commande publique, dispositions relatives à la candidature dans les marchés de défense ou de sécurité.
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  • Cahiers des clauses administratives générales applicables selon la nature du marché et documents particuliers de la consultation.
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Pour une PME qui souhaite entrer dans la base industrielle et technologique de défense (BITD), répondre à un marché public de défense ne consiste pas simplement à déposer une offre techniquement compétitive.

La première difficulté intervient souvent avant même la rédaction de l'offre : l'entreprise est-elle en mesure de répondre au marché, dans les conditions de sécurité, de capacité et de conformité exigées ?

Les marchés de défense et de sécurité obéissent à un régime spécifique du code de la commande publique. Leur définition dépend notamment de l'objet du marché et peut couvrir non seulement la fourniture d'équipements militaires, mais également de nombreux travaux, fournitures et services liés à leur cycle de vie.

Pour une PME de la BITD, sept vérifications méritent donc d'être effectuées avant de s'engager dans une candidature.

1. Vérifier que le marché relève bien du régime des marchés de défense ou de sécurité

La première question paraît évidente, mais elle ne l'est pas toujours : quel est exactement l'objet du marché ?

L'article L. 1113-1 du code de la commande publique définit plusieurs catégories de marchés de défense ou de sécurité.

Il peut notamment s'agir :

  • de fournitures destinées à être utilisées comme armes, munitions ou matériels de guerre ;
  • d'équipements destinés à la sécurité faisant intervenir des supports ou informations protégés ou classifiés ;
  • de travaux, fournitures ou services directement liés à ces équipements ;
  • de prestations intervenant à différents stades de leur cycle de vie ;
  • de certains travaux et services ayant des fins spécifiquement militaires ou liés à la sécurité nationale.

La notion de cycle de vie est particulièrement importante pour les entreprises technologiques.

Elle ne se limite pas à la fabrication initiale d'un équipement. Elle peut notamment englober la recherche et développement, le développement industriel, la production, la réparation, la modernisation, la maintenance, la logistique, la formation ou encore les essais.

Une entreprise qui fournit un logiciel, une solution de cybersécurité, un système de maintenance ou une prestation technologique ne doit donc pas écarter trop rapidement l'hypothèse d'un marché de défense au seul motif qu'elle ne fabrique pas elle-même un matériel militaire.

Premier réflexe

Lire l'objet du marché et l'ensemble des documents de la consultation avant de qualifier juridiquement l'opération.

2. Vérifier les conditions d'accès avant de travailler sur l'offre

Une erreur fréquente consiste à consacrer l'essentiel du travail à la réponse technique et commerciale avant de vérifier si l'entreprise peut effectivement satisfaire les exigences du marché.

Or, dans les marchés de défense et de sécurité, certaines exigences peuvent concerner directement la capacité de l'entreprise à intervenir dans un environnement sensible.

Il faut notamment examiner les documents de la consultation pour identifier :

  • les exigences relatives à la protection des informations ;
  • les éventuelles exigences d'habilitation ou de sécurité ;
  • les conditions imposées aux personnes appelées à intervenir ;
  • les exigences concernant les locaux, systèmes ou équipements ;
  • les contraintes pesant sur les sous-contractants ;
  • les justificatifs à fournir au stade de la candidature.
À retenir

Une entreprise doit vérifier son éligibilité avant de mobiliser des ressources importantes pour construire son offre.

3. Cartographier les exigences de sécurité et leur impact sur votre organisation

Pour une PME technologique, la question ne concerne pas seulement les dirigeants.

Une exigence de sécurité peut avoir des conséquences sur :

  • les systèmes d'information ;
  • les collaborateurs ayant accès aux informations ;
  • les locaux ;
  • les prestataires informatiques ;
  • les sous-traitants ;
  • les outils de travail à distance ;
  • l'hébergement et la circulation des données ;
  • la chaîne d'approvisionnement.

C'est particulièrement important pour les entreprises qui entrent progressivement dans la BITD.

Un premier contrat peut entraîner des exigences qui devront ensuite être répercutées à d'autres intervenants de la chaîne contractuelle.

Le sujet doit donc être abordé comme une question d'organisation de l'entreprise, et non comme une simple formalité administrative.

4. Ne pas négliger les exigences qui concernent vos sous-traitants et partenaires

Une PME ne répond pas toujours seule à un marché de défense.

Elle peut être :

  • titulaire du marché ;
  • cotraitante ;
  • sous-traitante ;
  • fournisseur d'un équipementier ;
  • éditeur intégré dans une solution plus large ;
  • prestataire intervenant sur une partie du cycle de vie d'un équipement.

Il faut donc regarder au-delà de son propre périmètre.

Qui aura accès aux informations ?

Qui développera ou maintiendra le logiciel ?

Où seront hébergées les données ?

Quels sous-traitants interviendront ?

Les exigences de sécurité pourront-elles être respectées à tous les niveaux de la chaîne ?

Cette analyse est particulièrement importante lorsqu'une PME technologique souhaite devenir fournisseur d'un acteur industriel déjà présent dans la BITD.

Le contrat qu'elle envisage de signer peut comporter des exigences qui auront ensuite des conséquences sur ses propres fournisseurs.

5. Identifier les enjeux de propriété intellectuelle avant de remettre l'offre

Pour une entreprise innovante, c'est probablement l'un des points les plus importants.

Avant de répondre, il faut identifier précisément :

ce que l'entreprise possède déjà

et

ce qu'elle va créer dans le cadre du marché.

La distinction entre les connaissances antérieures et les résultats peut devenir déterminante.

Une PME qui apporte au marché :

  • un logiciel existant ;
  • une architecture technique ;
  • des algorithmes ;
  • un modèle d'intelligence artificielle ;
  • une base de données ;
  • des méthodes ;
  • du savoir-faire ;
  • des briques technologiques.

doit savoir précisément ce qu'elle apporte et dans quelles conditions ces éléments seront utilisés.

Cette cartographie doit être réalisée avant le contrat, et idéalement avant même la remise de l'offre.

Pour un logiciel, les questions peuvent notamment porter sur :

  • le code source ;
  • les droits de modification ;
  • la maintenance par un tiers ;
  • les évolutions ;
  • l'interopérabilité ;
  • la réutilisation ;
  • les données ;
  • les conditions d'exploitation ultérieure.
La question stratégique

La bonne question n'est donc pas seulement : « Combien ce marché va-t-il rapporter ? »

Mais aussi : « Que restera-t-il à l'entreprise après l'exécution du marché ? »

6. Vérifier les conséquences économiques et contractuelles du marché

Avant de répondre, une PME doit également mesurer le coût réel de son engagement.

Le prix du marché ne suffit pas.

Il faut notamment examiner :

  • les obligations de production ou de livraison ;
  • les délais ;
  • les obligations de maintenance ;
  • les garanties ;
  • les pénalités ;
  • les contraintes de sécurité ;
  • les obligations de reporting ;
  • les assurances ;
  • les coûts liés aux exigences spécifiques de l'acheteur ;
  • les conséquences sur la trésorerie ;
  • les obligations qui pourraient se prolonger après la livraison.

Cette analyse devient encore plus importante dans le secteur de la défense parce que l'entreprise peut être intégrée dans une chaîne industrielle de long terme.

Au-delà du prix

Le véritable coût d'un marché ne se mesure donc pas uniquement à son prix initial.

Il faut également mesurer le coût de conformité et le coût de la dépendance contractuelle.

7. Examiner les possibilités de recours et de protection avant l'échec

Enfin, une PME doit savoir ce qu'elle pourra faire si elle rencontre une difficulté.

Cela suppose notamment d'identifier :

  • les règles applicables à la procédure ;
  • les documents contractuels ;
  • les obligations de l'acheteur ;
  • les conditions de participation ;
  • les motifs éventuels d'exclusion ;
  • les voies de contestation ;
  • les délais ;
  • les éléments permettant de conserver la preuve d'une irrégularité.

Cette anticipation est particulièrement importante parce que certains moyens de contestation sont enfermés dans des délais courts.

Une entreprise qui estime avoir été irrégulièrement écartée ne doit donc pas attendre la fin de la procédure pour commencer à analyser la situation.

La question du contentieux doit être envisagée dès la candidature, notamment lorsqu'un enjeu stratégique ou économique important est attaché au marché.

Une PME de la BITD doit donc raisonner en amont

Répondre à un marché de défense ne devrait pas commencer par :

« Comment allons-nous rédiger notre offre ? »

mais plutôt par une série de questions préalables :

  • Le marché entre-t-il dans le régime des marchés de défense ou de sécurité ?
  • Notre entreprise peut-elle satisfaire les exigences d'accès et de sécurité ?
  • Notre chaîne de sous-traitance le peut-elle également ?
  • Quels actifs technologiques allons-nous mobiliser ?
  • Quels droits l'acheteur pourra-t-il obtenir sur les résultats ?
  • Quel sera le coût réel de l'exécution du marché ?
  • Quels risques contractuels et contentieux devons-nous anticiper ?

Ces questions sont particulièrement importantes pour les PME et entreprises technologiques qui souhaitent entrer dans la BITD sans mesurer encore toutes les conséquences juridiques et organisationnelles de cette nouvelle activité.

En conclusion

Pour une PME, entrer dans la BITD ne consiste pas uniquement à obtenir un premier marché de défense.

Il s'agit d'entrer dans un environnement contractuel, industriel et réglementaire spécifique.

La candidature doit donc être préparée comme un véritable projet stratégique pour l'entreprise : accès au marché, sécurité, sous-traitance, propriété intellectuelle, données, coûts et risques contentieux doivent être examinés ensemble.

C'est cette analyse en amont qui permet de déterminer si un marché est réellement intéressant pour l'entreprise — et dans quelles conditions elle peut s'y engager.

À propos de cet article

Cet article présente les principaux points de vigilance à partir du régime juridique applicable aux marchés de défense ou de sécurité. L'analyse d'un dossier concret nécessite l'examen des documents de la consultation et des stipulations particulières du marché.

Références principales
  • Code de la commande publique, notamment articles L. 1113-1 et L. 2300-1 et suivants.
  • Code de la commande publique, dispositions relatives à la candidature dans les marchés de défense ou de sécurité.
  • Code de la commande publique, dispositions relatives à la protection du secret et des informations intéressant la défense nationale et la sûreté de l'État.
  • Cahiers des clauses administratives générales applicables selon la nature du marché et documents particuliers de la consultation.